Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 04:48

Je reçois d’un ami historien ce billet inspiré par des événements récents :

 

 

 

 

 

L’émotion et la causalité

 

 ou le Point de Vue de Sirius est le meilleur

 

 

 

  Faire de l’émotionnel (la marionnette dénoncée par M. Teste) au lieu de faire de la politique, et surtout de la géopolitique, est une tare inhérente à ce qu’on appelle encore la « démocratie » et qui n’est plus qu’une démagogie sans masque destinée à asseoir aussi solidement que possible le culte du Veau d’or  illuminé par les projecteurs de  la médiasphère.

 

   Le carnage de Charlie Hebdo, il faudrait peut-être s’en souvenir, n’est qu’un épisode parmi beaucoup d’autres, et souvent beaucoup plus sanglants, qui ont illustré nos XXe et XXIe siècles depuis le réveil de l’Islam tueur et conquérant… avec lequel coexistait, j’allais dire presque paisiblement, l’Occident judéo-chrétien depuis le rabotage de la Sublime Porte.

 

   Avant de poursuivre, éclaircissons un point de vocabulaire. On parle souvent des « fous d’Allah », mais je veux croire que les utilisateurs de cette expression s’en servent par commodité, pour aller vite. Ces fous-là  ne sont nullement aliénés ; ils sont tout juste en conformité avec les préceptes du Coran (qu’il vous suffira de lire pour en vérifier la teneur), vadémécum du guerrier religieux qui entend répandre sa foi par la force comme jadis certains prosélytes chrétiens.  L’idée selon laquelle il ne faudrait pas « amalgamer » ces fanatiques avec l’ensemble des musulmans est encore un de ces sophismes destinés à tournebouler un peu plus le mouton occidental atteint de la « tremblante ». La réalité, c’est qu’il y a comme dans les autres religions des islamistes qui croient aveuglément et pratiquent, et la grosse masse de ceux qui adhèrent mollement. Ceux-là sont les « islamistes modérés ». Certes, la minceur de leur foi ne les pousse pas à se ceindre le torse d’un chapelet d’explosifs, mais ne les empêche pas non plus, le cas échéant, de donner un coup de main aux frères de sang et de croyance.

 

  Revenons à présent à la coexistence civilisationnelle des deux mondes, occidental et musulman, où les frictions du colonialisme n’avaient nul rapport, y compris en Algérie, avec les événements d’aujourd’hui.  À partir de ce point d’équilibre historique, rappelons-nous à présent, car pour comprendre un événement ou une situation il faut toujours se rappeler l’Histoire, à quel moment ladite Histoire a basculé ; à quel moment le fauve s’est réveillé et hystérisé jusqu’à se déchiqueter lui-même (entre chiites et sunnites par exemple). À quel moment le terrorisme islamique, à quoi on pourrait trouver dans l’Histoire bien des précédents, est devenu notre pain quotidien.

 

   Cela s’est passé de la manière qui va suivre, et que je vais évoquer par un petit apologue.

 

   Vous vous appelez M. et Mme Dupont. Vous habitez avec vos enfants une jolie maison à Ville-d’Avray. Votre famille, votre peuple, sont installés en Ile-de-France depuis environ 2 500 ans, on ne va pas chicaner sur les dates. Et voilà qu’un beau jour, beau, c’est une façon de parler, une tribu celtique vaguement parente qui a vécu parait-il au même endroit un peu avant ces deux millénaires et demi (d’ailleurs ils ont quelques cousins établis à Neuilly et à Sarcelles) débarque chez vous avec armes et bagages. Maintenant, aujourd’hui, en janvier 2015. Exactement comme les fondés de pouvoir de M. Hitler en 1940. Elle décrète, cette tribu, que la terre d’Ile-de-France lui appartient de droit puisqu’elle s’y trouvait trois mille ans avant vous. Vous n’avez plus qu’à faire vos valises. Les envahisseurs vous boutent hors de votre jolie maison et s’y installent sous le bouclier des Etats-Unis. Un détail encore : vos enfants leur ayant lancé quelques pierres, ils les tirent comme des lapins dans la garenne, avec la bénédiction de tous les apprentis-sorciers de connivence.

 

   Si vous, M. Dupont, ne vous transformez pas séance tenante en tueur en série, c’est que la tribu en question a eu bigrement raison de vous virer et de s’installer chez vous.

 

   Il faut donc distinguer entre les causes immédiates et les causes efficiente. La scolastique aristotélicienne avait du bon.

 

   Ajoutons à cela qu’avec une sorte d’instinct infaillible, depuis M. Giscard d’Estaing et à l’exception notable de M. Chirac, tous nos gouvernants ont fait le choix de combattre, ne fût-ce qu’en favorisant leurs adversaires, les seuls régimes proche-orientaux capables de s’opposer au délire fondamentaliste instrumentalisé. Le travail de sape organisé contre M. Bachar El Hassad, au prétexte imbécile qu’il ne serait pas un excellent démocrate, en est le plus récent épisode. Entre autres résultats, il permet à la Syrie, ainsi que la Lybie,  l’Irak et autres terres hospitalières, de proposer aux jeunes gens à la recherche d’un travail et d’une position sociale, tout le matériel, la logistique et la pédagogie nécessaires au bon apprentissage de leur métier.

 

   Ainsi, ni les « fous d’Allah » qui ne connaissent d’autres arguments dans le débat d’idées que la kalachnikov et le coupe-coupe, ni leurs mentors barbus, ni même Mahomet ne sont les seuls responsables de la tuerie de Charlie Hebdo. Il serait temps de remonter plus haut, plus loin et ailleurs, pour commencer à comprendre un tout petit peu ce qui se passe, et surtout ce qui va se passer. Car il ne s’agit que des  préliminaires. N’imaginons pas une seconde que nous sommes pris sans y être pour rien dans la fatalité d’un « choc des civilisations », explication faite pour arranger ceux qui ne veulent voir que les effets sans jamais remonter aux causes. Nous sommes seulement, aveugles et sourds, moutons menés à la boucherie, entraînés dans une guerre de reconquête, devenue de races et de religions, qui  n’est pas la nôtre. Voilà ce qu’avait bien compris d’avance, et conjuré, le général De Gaulle. Voilà ce que refusent d’admettre les imposteurs, les sots et les superficiels qui nous gouvernent. Pour sortir de cette impasse, un seul remède, un seul espoir : non pas multiplier les rondes de bidasses dans les lieux publics, mais changer de personnel politique. Balayer ces malheureux agenouillés devant le Mur des Lamentations. Tant que les moutons n’en seront pas convaincus, tant qu’ils croiront qu’ils vont gagner cette guerre qui n’est pas la leur en bêlant « Je suis Charlie » et brandissant des crayons, ils continueront à approvisionner les abattoirs. Hallal, bien entendu.    

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 08:56

L’une des meilleures illustrations et la plus récente de la catastrophe permanente que représente l’Union européenne pour nos peuples d’Europe est son alignement servile sur l’hostilité américaine à la Russie renaissante de Vladimir Poutine. Car il faut bien comprendre que la France, par exemple, n’a pas plus de raison valable pour condamner l’encouragement apporté par les Russes, gouvernement et population confondus, au désir d’autodétermination des russophiles d’Ukraine, qu’elle n’en aurait de l’appuyer. Le problème russo-ukrainien se situe en son entier hors de la compétence, de l’intérêt, de l’histoire même de la France et de ses rapports avec le monde slave. Il n’y a qu’un motif à cet alignement : l’appartenance, pour ne pas dire le ligotage, de notre pays à ce funeste agglomérat dont le seul mobile discernable est une complaisance de tous les instants au bon plaisir de Washington. On comprend fort bien, en revanche, ce retour à la guerre froide de la part de la « grande nation », qui n’a pas fini de craindre qu’on n’empiète sur son empire, tant qu’il ne se sera pas écroulé comme ils s’écroulent tous, qu’ils soient économiques ou militaires ; de craindre qu’on ne s’oppose à sa volonté – hypocritement déguisée en prédication morale – de dominer le monde et d’abord le monde européen. Dans cette optique impérialiste, tout regain quel qu’il soit et où que ce soit de la puissance russe est tenu pour une menace. Ainsi, cette nouvelle courbette de l’Union devant son maître yankee n’a d’autre but que de manifester clairement une fois de plus notre allégeance. Ainsi sommes-nous disposés à fouler aux pieds une fois de plus nos intérêts les plus vitaux, et pour commencer l’une de nos principales ressources : l’agroalimentaire. La mesure de rétorsion, combien justifiée ! de Moscou lui interdit désormais l’un de ses principaux débouchés. D’autres producteurs, d’autres négociants n’attendaient que cela sur d’autres continents pour prendre notre place et probablement la garder. En cette période où le démantèlement de notre industrie, la montée inexorable du chômage provoqués par l’impéritie de nos décisionnaires roses ou bleus depuis quarante ans (politique monétaire, fiscale, syndicale, immigrationniste, notamment) plongent la France dans un état de décomposition qui n’a guère d’exemple que dans les pays les plus guenilleux, le premier curieux qui laissera tomber une pierre dans ce puits d’imbécillité l’entendra-t-il jamais toucher le fond ?   

Partager cet article
Repost0
8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 05:30

Bien que située dans un tout autre contexte géographique, historique et géopolitique, l’affaire ukrainienne qui émeut actuellement les chancelleries occidentales ressemble de fort près aux précédents tunisien, libyen, égyptien, syrien, sans parler de l’Irak ni remonter jusqu’à l’Iran (M. Giscard, comme d’habitude, ayant ouvert la route qu’il ne fallait pas prendre.) Elle lui ressemble sur deux points.

    Le premier point, le plus déterminant, est évidemment une permutation dans la hiérarchie des mobiles politiques, au sein de la sphère gouvernementale et médiatique où s’élabore ce qu’il est convenable de penser ; conséquence directe du poids conféré à l’« opinion publique » ‒ plus fabriquée que spontanée ‒ par la puissance devenue gigantesque des moyens de diffusion tant traditionnels que nouveaux. Le maillage serré de la planète par les médias du « nouvel ordre mondial », qui ne vivent que pour et par cette opinion, entraîne en effet deux conséquences : la primauté accordée à l’émotionnel immédiat sur la connaissance du passé, sur le long terme, sur l’intérêt national,  et le développement sans frein ni vergogne de toute espèce de propagande, autrement dit de manipulation idéologique, jadis cantonnée dans des limites repérables de l’extérieur par des esprits dotés d’un sens critique même modeste.

   Le deuxième point de ressemblance est l’effervescence révolutionnaire déclenchée et pilotée par les éléments les plus extrémistes de la population. Ici ‒ Kiev ‒ nationalistes d’extrême-droite, héritiers des partisans du national-socialisme farouchement opposés à la domination soviétique ; là, intégristes musulmans désireux d’éliminer des régimes laïques ou tenus pour trop tolérants. Ce  mécanisme détonateur, commun à tous les soulèvements dans l’Histoire, ne mériterait pas d’examen particulier s’il ne s’affirmait en complète contradiction avec les valeurs proclamées par les gouvernements occidentaux qui les soutiennent : il y a quelque chose de profondément comique dans l’absurdité répétitive de la situation : ces nationalistes incendiaires, ces barbus fanatiques adoubés les uns après les autres par nos excellents démocrates, saisis par la débauche comme M. Le Trouhadec, et obtenant toujours le même type de résultat, sur lequel ils nous inviteront ensuite à pleurnicher.

   Autre élément assez farce dans l’affaire ukrainienne : qu’on soit parvenu à convaincre une partie de la population que sa prospérité serait assurée par la chimère bruxelloise, alors que tous les autres peuples ayant eu la sottise d’y croire rêvent de s’en débarrasser. 

   Le président Obama, avec une seule petite phrase étonnante, a vendu la mèche : « la Russie est du mauvais côté de l’Histoire. » Depuis l’extermination des Peaux-Rouges ‒ qui ne lisaient pas la Bible, on savait que Dieu se rangeait toujours aux côtés des États-Unis. À présent, nous voilà avertis que le sens de l’Histoire, dégagé du chaos par Hegel et Marx, et appuyé sur la Morale universelle, guide aussi les pas conquérants de l’Oncle Sam. Comment, dans ces conditions, ne pas s’agenouiller devant les Tables de la Loi yankee, comme le font si docilement les Européens, et spécialement les Français ?

   La Crimée, province russe depuis 1783, octroyée à l’Ukraine par Kroutchev pour calmer sa russophobie permanente, peuplée de russophones charnellement attachés à la Grande Russie, appartient  à celle-ci autant par son histoire que par sa géographie. Il faut toute la mauvaise foi américaine pour soutenir le contraire et s’opposer au légitime sentiment national d’une population qui ne se reconnaît en rien dans le coup d’État de Kiev. La petite phrase de M. Obama n’est que la face visible d’une action beaucoup plus vaste, menée secrètement par tous les moyens possibles pour empêcher le renouveau de la puissance russe, du patriotisme russe, conduit avec le succès que l’on sait par Vladimir Poutine. Avez-vous remarqué comme les médias aux ordres parlent de lui, pour discréditer tout ce qu’il fait y compris les Jeux olympiques ? C’est la politique américaine, justifiée par l’histoire américaine, mais ce n’est pas la nôtre. La vocation de la France n’est pas de se soumettre une fois de plus aux intérêts des Etats-Unis. Elle est d’assurer un équilibre des puissances, non la domination d’une seule. Il y a un choix à faire : entre les vociférations et les singeries moralisantes de M. BHL débouchant sur le néant géopolitique, et la politique telle que l’aurait menée De Gaulle en semblable circonstance. Cette politique à la mesure de la France, il est à craindre que les ectoplasmes qui nous gouvernent ne soient même pas en mesure de l’imaginer.

Partager cet article
Repost0
30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 12:18

   Si j’emprunte ce titre à mon bien-aimé confrère Jules Renard, qui l’avait lui-même piqué à Rabelais, c’est parce que la politique française et, partant, les commentaires et analyses qui en découlent dans les médias au garde-à-vous, paraissent de plus en plus conformes à la définition de cet oiseau fabuleux. La coquecigrue est le rejeton saugrenu d’un ménage à trois : un coq, une cigogne et une grue. Du coq, elle arbore l’arrogance et les prétentions infondées, de la cigogne un goût tout aussi français pour les grenouilles (elle avale de même volontiers des couleuvres) et quant à la grue, sa réputation se passe d’explication.

 

Kiev en ébullition

   Depuis la mort de Pompidou, lequel avait prolongé avec intelligence la volonté gaullienne d’indépendance nationale, on aura remarqué que la classe politico-médiatique parisienne, lobotomisée en douceur par la chirurgie yankee, trottine docilement derrière le drapeau étoilé. (À une exception près : le refus de participer à l’imbécile aventure irakienne.) Il ne faut donc pas s’étonner de la manière dont la presse accueille la « révolte ukrainienne », fomentée à distance par ce Nouvel Ordre mondial à qui tous les moyens sont bons pour tenter de déstabiliser Poutine, résurrecteur de la Russie. Bien que l’ensemble de sa population soit loin de partager leur fureur, une fraction d’excités donne à l’univers l’impression que l’Ukraine rêve de fourrer sa tête dans le carcan bruxellois... dont tous nos peuples ont fini par admettre qu’il fallait se dégager au plus vite. Il ne doit plus rester beaucoup de Grecs pour croire que l’Europe, après les avoir privés de leur art millénaire de survivre au soleil, les a ensuite un peu renfloués pour un autre motif que de les enchaîner davantage. Et voilà que tous les Ukrainiens voudraient connaître le même sort ! C’est en tout cas ce dont essaient de nous persuader nos brillants politologues, les mêmes qui ont salué la chute de Moubarak, le baptême de la Lybie dans l’eau lustrale démocratique, la libération de l’Irak, les premières fleurs du Printemps syrien. Pour être assuré de ne rien comprendre à ce qui se passe dans le monde ou dans votre pays, écoutez Radio-Paris, écoutez  France-Info !

 

Divine surprise tunisienne

      Après qu’ils ont humé le parfum du pouvoir servi sur un plateau par nos démocraties, on a du mal à imaginer que les fanatiques musulmans (déchaînés à l’origine, ne l’oublions jamais, par la politique israélo-américaine toujours à l’oeuvre) vont abandonner la partie à Tunis, à la faveur d’élections, de formation gouvernementale, d’engagements pris par des politiciens ou de toute autre détermination officielle et légale. Il faut être ministre des affaires étrangères ou journaliste politique pour le croire, ‒ ou du moins pour le dire. Non seulement les barbus ne lâcheront pas le morceau, mais il est fort possible que les déclarations récentes des nouveaux responsables tunisiens n’aient pour objectif que de donner provisoirement le change, tout en accompagnant sur la pointe des pieds le glissement progressif de la société tunisienne dans son ensemble vers le paradis terrestre d’Allah. Attendons la suite avec confiance.

 

Paillasse Caligula  

   Une situation absurde se termine forcément par une conclusion aberrante. Si, s’inspirant de la légende de Caligula, un paillasse institue une jument consul ou patronne du cirque, on trouvera bien naturel qu’ils se cassent la figure au milieu de la représentation. L’un dégringole de son tabouret. L’autre se retrouve les quatre fers en l’air. La chronique demi-mondaine de l’Élysée n’a pas failli à cette règle.

Partager cet article
Repost0
30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 10:59

      La réflexion à long terme, c’est-à-dire une logique de raisonnement qui ne s’arrête pas à ses termes immédiats et visibles mais suppose une certaine capacité imaginative appuyée sur la connaissance du passé  et de la nature humaine, est ce qui aura le plus fait défaut à nos hommes politiques depuis la disparition de Georges Pompidou. Désormais, la politique et, pire, la géopolitique, ne se font même plus « à la corbeille » mais au mouchoir imprégné des larmes des foules émotives et des intellectuels à la mode.

   Que les politologues, les journalistes, dont la fonction est de commenter, d’approuver ou de déprécier l’action des gouvernements en fonction de leur opinion et de leur intérêt personnels, soient dépourvus de cette faculté de prendre en compte les leçons de l’Histoire même la plus récente pour éclairer l’avenir, c’est presque pour eux une obligation de charge. Mais qu’il se soit trouvé des politiciens responsables pour imaginer, dès le premier désordre de rue en Tunisie (dont seule Mme Alliot-Marie et ceux qui pensaient comme elle avaient saisi la portée), qu’il pouvait s’agir d’autre chose que de ce à quoi nous assistons partout dans la zone d’influence islamique depuis la chute du Shah d’Iran, est assurément incroyable. Qu’il se soit trouvé des observateurs du train du monde pour supposer que le renversement du colonel Kadhafi déboucherait sur autre chose qu’une prise progressive du pouvoir par un radicalisme religieux infiniment plus dangereux  que les foucades d’un dictateur mégalomane, est proprement ahurissant. C’est pourtant le spectacle de leurs applaudissements qui nous a été donné par les mêmes qui, aujourd’hui, « commencent à s’inquiéter » du résultat des élections en Libye, voire de la régression débutant à peine, en Tunisie, de la liberté des femmes, des cultes, de l’expression artistique.

   Si, par les efforts conjugués de nos gouvernements et de la Ligue arabe (entendez : le club des fondamentalistes les plus arriérés et les plus impitoyables), et malgré la perspicacité de Poutine, la Syrie tombe enfin aux mains des lapidateurs de femmes infidèles et des coupeurs de mains, j’entends déjà les pleurnicheries qu’on versera quelques mois plus tard  sur « le sort des chrétiens au Proche Orient ». Que certains États revenus à la théocratie sous couvert d’émancipation démocratique s’évertuent, pour combien de temps, à donner le change à ceux qui ont prêté main forte, ne devrait abuser aucun observateur un tant soit peu lucide. Que l’Islam aujourd’hui soit dans un état d’esprit très voisin de celui de la Chrétienté au XIe siècle, et que ces deux états d’esprit aient été suscités, l’un par l’affaire palestinienne au XXe siècle à peu près comme l’autre par la question de Jérusalem au XIe , cela devrait inciter à réfléchir avant de liquider un par un les régimes suffisamment forts pour endiguer le fanatisme médiéval de l' impérialisme musulman. (Observons d’ailleurs, dans toutes ces affaires, le silence d’Israël.) Enfin, que ceux qui ne tombent pas dans tous ces panneaux mais supputent, à l’instar probablement de certaines officines d' Américains manipulateurs, qu’ils vont transformer les pays « libérés » en autant de royaumes gouvernés par des émirs ou des parlements à leur botte, ils se trompent évidemment, comme se trompent toujours les Occidentaux qui croient que l’apparence des choses présentée par l’Orient correspond à la réalité.

Juillet 2012 

Partager cet article
Repost0
22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 14:03

 

La volonté politico-médiatique tantôt sournoise, tantôt affichée d'imposer l'usage de la langue anglaise aux Français nous paraît aussi pertinente que les trémolos d'enthousiasme qui  accueillirent le prétendu printemps de la liberté dans les nations arabes. Ou si l'on préfère, aussi stupide que  le soutien, ruineux en sang versé et en argent dilapidé pour rien, que lui ont prodigué en Libye nos soldats. Bien que motivée par l'appât pétrolier et une vengeance tardive, autant de sottise a rarement été étalée par notre pays, pourtant généreux en la matière au cours de son histoire. Il convient de le rappeler puisque on entend aujourd'hui les mêmes qui applaudissaient chaque nouvelle victoire du fondamentalisme barbu pleurnicher sur les inéluctables conséquences (elles ne font que commencer, timidement) entraînées par la défaite des régimes qui le maintenaient en respect.

   Or donc, ces gens qui ont apporté leur aide aux incendiaires et rabâchent en bons perroquets les slogans éculés de la solidarité économique européenne, laquelle, si on l'accentue derechef, nous précipitera encore davantage au fond du tonneau des filles de Danaos, ces gens qui se trompent et nous trompent presque systématiquement sur tout, prétendent que s'ils veulent survivre dans la jungle mondialiste, les Français doivent pratiquer de préférence à leur propre idiome et depuis la maternelle le sabir supposé éternel des échanges internationaux, l'espéranto des marchands de soupe, bref, l'angloricain. Instruits de leurs perpétuelles erreurs de jugement, de leur incapacité à embrasser l'ensemble passé et présent d'une situation pour en calculer les effets logiques, il nous faut par conséquent examiner à leur place ce qui se passe en ce moment même dans ce domaine et ce qui a les plus grandes chances d'arriver demain.

   On observera d'abord que la langue angloricaine est avant tout le vecteur de communication de l'économie de même origine. L'économie états-unienne, chacun le sait et de surcroît le dit, est depuis belle lurette en quasi-faillite, du fait que le nationalisme américain pur et dur appuyé sur un protectionnisme dénué de vergogne s'est arrogé naguère avec une étonnante habileté le droit d'imposer son ordre commercial et militaire à la planète sans en posséder les moyens. Même l'empire romain beaucoup plus puissant par rapport au monde antique, n'y est pas durablement parvenu. Pour généraliser vite, mais sans trop nous écarter du vrai : l'économie américaine, artificiellement suspendue au fil du dollar, monnaie de circulation internationale, n'est plus fondée sur une réalité tangible ; elle est portée par une idée du type escroquerie boursière, planche à billets, bulle économique, système de Law,  ou toute autre virtualité qui ne fonctionne que par le consentement de ses utilisateurs,  n'existe qu'autant qu'on y croit. Cette machine virtuelle pour tourner et s'imposer a besoin d'un moyen de communication qui en premier lieu, comme toujours, comme partout, est la langue. L'utilité pratique de l'angloricain, prônée par les Copé et les Pécresse, s'établit pour le principal sur la prédominance actuelle de la fiction financière du dollar. Que le dollar s'effondre, qu'un autre étalon le remplace, l'utilité de sa langue de communication disparaîtra.

C'est le premier point.

   Second point : le rapport de puissance des blocs linguistiques. Nous quittons ici la relation entre un système financier et son vecteur de communication pour aborder plus directement le rapport des forces économiques et démographiques réelles en présence. Sous ces deux aspects, ou seulement l'un d'eux,  les blocs linguistiques sino-asiatique, hispanophone (y compris sur le territoire des Etats-Unis), slave, d'ores et déjà seraient capables d'opposer leur propre langage au vecteur actuel de l'économie fictive. Inévitablement, comme cela fut le cas pour l'Union soviétique, autre fiction reposant elle aussi, essentiellement, sur une croyance universelle, l'empire du mondialisme américain au dollar d'argile s'écroulera, et avec lui la suprématie de sa langue véhiculaire.

   Ainsi, de quelque point de vue qu'on l'envisage, cette suprématie ne saurait durer indéfiniment comme semblent l'imaginer, si tant est qu'ils imaginent quoi que ce soit au-delà de la semaine prochaine, les responsables politiques de notre Éducation nationale (les mêmes, notons-le, qui de réforme en réforme s'emploient avec succès depuis un demi-siècle à démanteler ce qui fut l'une des meilleures écoles du monde). L'instrument dont, toujours en retard d'une guerre ou deux,  ils veulent doter les petits Français servira autant à ceux-ci qu'à leurs pères les boutons de guêtre du maréchal Le Bœuf ou les fortifications d'André Maginot. Avant même que l'apprentissage de l'anglais soit en place dans nos maternelles, je suis prêt à parier que les petits Américains auront commencé à apprendre le chinois.

 

(20 décembre 2011)

 

Partager cet article
Repost0

Dumby Par Lui-Même

  • : Carnets politiques de Patrice Dumby
  • : Réflexions sur la politique au fil de l'actualité, par le personnage principal d'une série romanesque de Michel Mourlet intitulée "Chronique de Patrice Dumby".
  • Contact

Recherche

Liens