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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 21:39

   Tous les Français ne s’en sont pas encore rendu compte, parce qu’ils ne regardent pas tous Canal Plus (à tort, selon nous ; c’est une chaîne bien instructive) : leur pays depuis la dernière élection présidentielle est gouverné par l’émission « culte » de ladite chaîne, à savoir les Guignols.

   C’est un réflexe culturel : chaque fois qu’ils promulguent une loi, qu’ils font une déclaration solennelle, qu’ils pleurent leurs larmes de crocodile repentant, qu’ils prennent une décision économique, qu’ils interviennent contre une « manif » ou qu’ils expliquent le bien-fondé et les perspectives d’avenir de leur action, nous nous attendons, sourire aux lèvres, à les voir se coiffer d’un entonnoir, se planter un gros nez en carton et se trémousser de l’arrière-train en dansant la farandole. Comment se représenter autrement, dans ses pompes et ses œuvres, l’équipe de bras cassés et de clowns sinistres qui, grâce à une série de mensonges caractérisés et de secrètes impostures dont on commence à peine à apercevoir quelques bribes, prétend aujourd’hui gouverner la France ?  

   Ainsi le « mouton de votant », comme le surnomment entre eux les politiciens, à l’instar de ces publicitaires qui se tapent sur le ventre en évoquant le « cochon de payant », le mouton de votant, donc, le benêt mené à l’urne comme le bestiau à l’abattoir, a cru qu’il allait élire et, partant, concrétiser, les promesses farfelues de M. Mimolette, alors que M. Mimolette,   marionnette de la télévision, sans idées, sans programme, était seulement attentif à dire ce qu’il croyait devoir dire pour fouler enfin un beau tapis rouge après un interminable parcours à la fois terne, médiocre et harassant.

   Ne pouvant à l’évidence remplir les engagements économiques saugrenus qui faisaient saliver la race ovine des électeurs (si maltraitée qu'elle est en voie de disparition, ce qui explique le très faible pourcentage suffisant aujourd’hui à l’élection d’un guignol de l’info), M. Mimolette, du haut de son fromage, a cru qu’il pourrait tenir au moins l’un de ses engagements solennels, car celui-ci ne coûtait rien : la transformation de l’institution du mariage (dont il se soucie comme d’une guigne, au point que pour sa part il s’est bien gardé de s’y soumettre) en une farce truculente dont l’idée, bien entendu, n’était pas de lui… puisque cet homme prudent, habile à se protéger de tout, n’a jamais été agressé par la moindre idée personnelle. L’idée appartient de droit à deux éminents politologues français du siècle dernier : MM. Coluche et Thierry Le Luron. Oubliant (car il n’oublie pas seulement ses promesses) que leur union bidon et brillamment médiatisée avait fait se bidonner la France, mais se rappelant toutefois que les deux drilles en question ressemblaient comme deux gouttes d’eau à ses collègues de Canal Plus, il crut intelligent de transporter cette parodie burlesque dans le code civil. Ainsi, pensait-il, il ferait plaisir sans frais à une poignée de guignolets et guignolettes mêlé-cass, dorés sur tronche au soleil des States et jacassant dans les salons parisiens, sans importance réelle mais  très attachés à ce qu’on les admire quand ils font mine de culbuter la civilisation. Cela fonctionnerait comme d’habitude, comme le lent enlisement dans les sables mouvants de l’Euroland par exemple, grâce à la servilité des corps constitués, derrière le broutement du troupeau.  

   Las ! Cela se passa tout autrement. Quelque chose aurait dû pourtant mettre la puce à l’oreille de Mimolette. Quelque chose qui n’avait rien à voir avec la singerie du conjungo, mais qui dénotait pour le moins, sur la route à sens unique, une sorte de réveil inattendu du bon sens, peut-être même du sens critique, dans cette populace méprisée des élites : le rejet de la fusion alsacienne, présentée comme une réforme utile, une mesure d’économie et d’efficacité accrue, en réalité un pas de plus vers la dislocation de la nation française, tant espérée et depuis si longtemps par nos amis allemands, anglais, eurolandais et mondialistes. La majorité silencieuse (« silencieux » dans le langage politico-médiatique étant comme on sait synonyme d’« abruti »), commençait à s’émouvoir ! Elle commençait à ruer entre les deux brancards, celui de gauche mais aussi celui de droite, qu’il est parfois si malaisé de distinguer l’un de l’autre.

   Iseult convolant avec Sapho, Cupidon au fronton des mairies sodomisé par Corydon (que d’ailleurs personne ne connaît, même parmi les zélateurs de la chose), cela va sans doute se révéler bien pire. « Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir » disait quelqu’un qu’ils n’ont pas lu non plus. Quand gouvernent les Guignols, le désobéissance devient plus qu'un droit : un devoir. Ce n’est pas le Général que nous savons qui, d’outre tombe, dira le contraire. Le trop prudent Mimolette, ses yeux de myope gentiment écarquillés, a ouvert la boite de Pandore. Même les dieux ignorent ce qu’il en sortira.

 

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 18:15

   Elles sont bien loin les années où Philippe Touraine, le patron des Éditions de la Tour d’Ivoire, m’invitait sur son bateau à l’ancre devant Saint-Tropez, pour déguster les homards préparés par Ponce Pilate. J’observais de haut les grouillements de l’humanité au fond de ses cuves de béton. J’était jeune, mince, bronzé comme un pâtre crétois ; aujourd’hui je souffle dans les escaliers telle une vieille chouette. Peut-être devrait-on mourir à cinquante ou soixante ans : on le faisait de bon cœur au bon vieux temps, le temps où l’on savait encore vivre et mourir. Cela m’aurait évité de pousser, comme il m'arrive maintenant, ma barque jusqu’aux vagues de l’actualité, qui se succèdent, se recouvrent, disparaissent presque instantanément.  Leur unique attrait : vous secouer presque toujours d’un rire irrépressible. À peu de distance du rivage (prudence !), on jette sa ligne, dans l’espoir d’attraper quelque événement digne de l’assiette. Ces jours derniers, on n’a pas été trop déçu.

coluche-luron.jpgLe mariage de Coluche et Thierry Le Luron.

 

Délitement des élites

   D’abord, l’ouverture solennelle, par le président normal en personne, de la cage aux folles. (Comment n’a-t-on pas encore songé à interdire et la pièce et le film, dont le décalage par rapport à la nouvelle « norme » ne va plus tarder à devenir intolérable et passible des tribunaux !) Le mariage, institué dans toute société plus ou moins civilisée pour conférer une assise socialement convenable et familialement stable à la transmission animale de la vie (cette transmission gouvernée par le petit dieu grimaçant que Valéry nommait Éros énergumène), va donc officialiser la pariade d’individus du même sexe. Cette invention burlesque nous remet en mémoire la parodie jouée en 1985 par Thierry Le Luron en haut-de-forme et Coluche une plume d’autruche dans le derrière, épousailles « pour le meilleur et pour le rire », qui firent la joie de la France entière. Aujourd’hui, c’est-à-dire près de trente ans plus tard, la chose est débattue avec le plus grand sérieux. On mesure ainsi le progrès de l’imbécillité dans la conscience collective. Imbécillité programmée, que nous voyons à l’œuvre depuis la fin des années soixante grâce à des dizaines de milliers d’« idiots utiles », comme on les appelle, et mise au service d’un changement notable, non pas dans l’évolution des mœurs comme se plaisent à l’invoquer nos élites délitées, mais dans la finalité de la politique : celle-ci, jusqu’à une époque récente, était considérée comme guidée par l’intérêt général. Or quel est l’intérêt général d’un groupe, s’il croit à l’aventure humaine, à son avenir, à la transmission des valeurs sur lesquelles il se fonde, sinon la perpétuation de l’espèce ? Et qu’est-ce qui est le plus contraire à cette perpétuation qu’un stérile simulacre d’accouplement, dont la reconnaissance officielle doublée d’une continuelle apologie (notamment à la télévision, au cinéma) va aboutir à un seul résultat : son encouragement, sa multiplication ? Mais il se trouve que peu à peu, par un jeu de pressions et appâts divers s’appuyant sur la niaiserie « citoyenne », l’intérêt général qui n’a rien à offrir que lui-même et une permanente apathie, fait place aux appétits particuliers infiniment plus remuants, activistes, influents, qui partout se présentent sous les couleurs de l’« humanisme » et de la « morale », alors qu’ils en sont tantôt la caricature, tantôt la figure inversée. Ainsi la société occidentale est-elle invitée au suicide, tandis que montent autour d’elle, portés par le balancier de l’Histoire, des impérialismes qui depuis longtemps attendent leur revanche et la voient avec gourmandise se dessiner dans nos pourrissements.

   Au fait, quand pourrai-je épouser ma sœur ?

 God save the Queen

   Autre événement, positif celui-ci : l’annonce par le premier ministre de sa Majesté d’un référendum sur la sortie de la Grande-Bretagne du marécage européen. Je me souviens d’un texte de mon biographe Michel Mourlet, au début des années 2000, où celui-ci saluait déjà l’intelligence et la perspicacité de nos voisins d’outre-Manche, qui avaient su prendre de l’Europe des ronds-de-cuir ce qui les avantageait, sans trop s’alourdir de ses handicaps, le plus évident pour tout le monde sauf pour les banquiers, les économistes et leurs valets politiciens  étant la monnaie unique. À présent que ses inconvénients risquent pour la perfide Albion de surpasser de beaucoup ses faibles avantages (d’ailleurs jamais chiffrés) et poussent le monstre impotent droit vers le cimetière surpeuplé des chimères historiques, l’Angleterre une fois de plus va tirer son épingle du jeu. Car le résultat du référendum ne fait guère de doute : connaissez-vous beaucoup de gouvernements qui acceptent le principe de la consultation populaire directe sur un sujet qui intéresse directement la population, sans être quasiment sûrs de la réponse ?

   Perspective réjouissante : je verrai peut-être la fin du cauchemar européiste avant ma mort. Rêvons un instant. L’Angleterre, riant sous cape, soulève poliment son chapeau melon et se retire. Les pays qui ont le plus souffert du carcan : Grèce, Espagne, et qui n’ont pas osé prendre l’initiative de leur salut, suivent son exemple. L’Italie, sauvée des griffes molles du sinistre Monti, proteste de son attachement à Bruxelles tout en préparant en douce son retour à la souveraineté, autre nom de la liberté. L’Allemagne, malgré tous les bénéfices qu’elle a retirés d’un quatrième Reich enfin conquis et taillé pour elle sur mesure, n’en peut plus de devoir payer et payer sans cesse pour maintenir la cohésion de son empire déglingué ; elle finit par se rendre à l’évidence : les meilleures choses, comme les saucisses, n’ont qu’un temps ; et elle retrouve avec soulagement son deutschemark. La Belgique se fend en deux. En fin de compte, et après d’ultimes défections, l’Europe, plus invincible que jamais avec sa monnaie de plomb et, à la barre, M. Trichet le cheveu en bataille, se replie sur trois positions inexpugnables : la France, Monaco et le Luxembourg.  

  

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 09:01

Beaumarchais enrôlé par les socialistes   

 

 

 M. Jacques Fansten, l’actuel président de la SACD, a signé dans le numéro d’été de son bulletin (Le Magazine des auteurs) un éditorial dont une phrase m’a douloureusement frappé. Il est vrai qu’il s’agit d’une citation, et pas de n’importe qui : du président de notre République de gauche, puisqu’il convient de la nommer ainsi. L’appartenance gauchère, en effet, est la seule référence que nos actuels gouvernants aient en bouche du matin au soir (grâce, vous ne l’avez sûrement pas oublié, à 39 % des électeurs à peine, ce qui prouve que les Français ne sont pas en majorité aussi ahuris qu’on veut bien le dire), de sorte qu’il convient de supposer que les théories, pratiques, œuvres et hommes de gauche, avec le long cortège d’erreurs, d’échecs, de filouteries et de catastrophes nationales qui les accompagne depuis  1870, constituent l’alpha et l’oméga de leur univers culturel. (Notez bien que je n’exonère pas pour autant sur l’ensemble de ces points la droite, quand il lui arrive d’être elle aussi aux commandes, la seule différence, mais de taille, étant qu’elle ne transforme pas son officine en agence de publicité abusive.)

   Mais revenons à la citation de ce président (dont le nom pour l’instant m’échappe, mais qui, à n’en pas douter, nous sera bientôt aussi familier qu’Albert Lebrun), proposée à notre admiration par M. Fansten : « La gauche a toujours soutenu les auteurs et les créateurs […] Elle soutient le droit des auteurs, tant moral que patrimonial, aujourd’hui comme hier. C’est, dans la lignée de Beaumarchais, frondeur et auteur contestataire, notre philosophie. »

   Est-il permis aux fidèles de l’auteur du Mariage de Figaro, qui sont encore, me semble-t-il, quelques-uns parmi lesquels je m’honore de figurer, leur est-il autorisé de trouver ce tour de passe-passe un peu fort de café ? Faut-il rappeler qu’on doit cette petite phrase libertaire au chef de rang des plus zélés serveurs, serviette pliée sur le bras, d’une soupe « citoyenne » mitonnée par ceux qui ont tous les pouvoirs pour gaver soixante millions de moutons consommateurs ? Faut-il rappeler que Beaumarchais en son époque incarna exactement le contraire : la contestation de l’ordre établi ? Détournement sans vergogne ! Des gens qui mobilisent des lois et des juges pour imposer leur idéologie, censurent les vérités gênantes, truquent l’information, préfèrent ruiner leur peuple  plutôt que d’avouer qu’ils se trompent, et rampent finalement sous le fouet des puissances d’argent, il y en a toujours eu, cela s’est toujours fait et n’a rien d’extraordinaire. On ne leur en veut pas pour si peu ! Ce qui est stupéfiant, et qu’on ne leur pardonnera pas, c’est qu’ils appellent Beaumarchais à la rescousse !

  

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 10:59

      La réflexion à long terme, c’est-à-dire une logique de raisonnement qui ne s’arrête pas à ses termes immédiats et visibles mais suppose une certaine capacité imaginative appuyée sur la connaissance du passé  et de la nature humaine, est ce qui aura le plus fait défaut à nos hommes politiques depuis la disparition de Georges Pompidou. Désormais, la politique et, pire, la géopolitique, ne se font même plus « à la corbeille » mais au mouchoir imprégné des larmes des foules émotives et des intellectuels à la mode.

   Que les politologues, les journalistes, dont la fonction est de commenter, d’approuver ou de déprécier l’action des gouvernements en fonction de leur opinion et de leur intérêt personnels, soient dépourvus de cette faculté de prendre en compte les leçons de l’Histoire même la plus récente pour éclairer l’avenir, c’est presque pour eux une obligation de charge. Mais qu’il se soit trouvé des politiciens responsables pour imaginer, dès le premier désordre de rue en Tunisie (dont seule Mme Alliot-Marie et ceux qui pensaient comme elle avaient saisi la portée), qu’il pouvait s’agir d’autre chose que de ce à quoi nous assistons partout dans la zone d’influence islamique depuis la chute du Shah d’Iran, est assurément incroyable. Qu’il se soit trouvé des observateurs du train du monde pour supposer que le renversement du colonel Kadhafi déboucherait sur autre chose qu’une prise progressive du pouvoir par un radicalisme religieux infiniment plus dangereux  que les foucades d’un dictateur mégalomane, est proprement ahurissant. C’est pourtant le spectacle de leurs applaudissements qui nous a été donné par les mêmes qui, aujourd’hui, « commencent à s’inquiéter » du résultat des élections en Libye, voire de la régression débutant à peine, en Tunisie, de la liberté des femmes, des cultes, de l’expression artistique.

   Si, par les efforts conjugués de nos gouvernements et de la Ligue arabe (entendez : le club des fondamentalistes les plus arriérés et les plus impitoyables), et malgré la perspicacité de Poutine, la Syrie tombe enfin aux mains des lapidateurs de femmes infidèles et des coupeurs de mains, j’entends déjà les pleurnicheries qu’on versera quelques mois plus tard  sur « le sort des chrétiens au Proche Orient ». Que certains États revenus à la théocratie sous couvert d’émancipation démocratique s’évertuent, pour combien de temps, à donner le change à ceux qui ont prêté main forte, ne devrait abuser aucun observateur un tant soit peu lucide. Que l’Islam aujourd’hui soit dans un état d’esprit très voisin de celui de la Chrétienté au XIe siècle, et que ces deux états d’esprit aient été suscités, l’un par l’affaire palestinienne au XXe siècle à peu près comme l’autre par la question de Jérusalem au XIe , cela devrait inciter à réfléchir avant de liquider un par un les régimes suffisamment forts pour endiguer le fanatisme médiéval de l' impérialisme musulman. (Observons d’ailleurs, dans toutes ces affaires, le silence d’Israël.) Enfin, que ceux qui ne tombent pas dans tous ces panneaux mais supputent, à l’instar probablement de certaines officines d' Américains manipulateurs, qu’ils vont transformer les pays « libérés » en autant de royaumes gouvernés par des émirs ou des parlements à leur botte, ils se trompent évidemment, comme se trompent toujours les Occidentaux qui croient que l’apparence des choses présentée par l’Orient correspond à la réalité.

Juillet 2012 

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 16:33

S’étant fabriqué avec barbiche et moustache gris blanchâtre une tête de vieux lutin facétieux ou de faune d’hôtel new-yorkais, M. Jacques Attali – ci-devant bourgeois de Labiche (cf. in les œuvres bientôt complètes de mon camarade Michel Mourlet « le Chapeau de paille d’Attali ») – M. Jacques Attali, donc, commente dans un récent numéro du Journal du Dimanche[1] un de ces remarquables sondages dont la presse aux ordres est coutumière ; remarquable soit par l’orientation vicieuse des questions, soit par l’échantillonnage de citoyens dépourvus de la moindre lumière sur le sujet traité.

   Des pourcentages dignes des démocraties populaires de jadis (75 % pour l’Espagne, 74 % pour la France…) y désapprouvaient un éventuel retour aux monnaies nationales, c’est-à-dire aux  monnaies qui, pilotées par chaque nation souveraine dans le sens de son intérêt propre, garantissaient autrefois à tous les peuples d’Europe une sécurité, voire un minimum de prospérité au travers des crises internationales. Pour apprécier la crédibilité du sondage en question, il suffit de se rappeler l’infime différence qui assura en France la victoire du « oui » au Traité de MaëstrichtAttali.jpg et ce, grâce à des votes ignorants des futurs méfaits de la monnaie unique, incapables de les prévoir,  sollicités de surcroît par un hallucinant matraquage de propagande, de prophéties et d’incantations.

   Après dix années d’appauvrissement progressif de la population, de destruction et de dispersion de notre industrie, de creusement des déficits, de vacillements divers et toujours plus graves du système financier, Maître Jacques, le Coluche de l’Ėconomie mondialisée, avec sa bouille rigolarde, se réjouit du résultat de ce sondage bidon. Celui qui, devant le cercueil de son maître à penser, avait lancé « Salut, ma poule ! », nous débite une fois de plus une des plaisanteries de salle des coffres qui ont fait sa fortune : « Sans davantage d’intégration, nous coulerons. » Ce qui, en clair, signifie : « Pour éviter la catastrophe finale que provoquera inéluctablement la politique économique à laquelle j’ai tant contribué, faisons de la France un des länder de ce Reich rêvé par Bismarck, que ni Guillaume II, ni Hitler ne sont parvenus à réaliser par la force, mais que la Chancelière est en train de construire en douceur. »

   Bien entendu ce quatrième Reich ne tiendra guère plus longtemps que le troisième, mais quelle importance ? Avec notre Coluche bis, crions tous ensemble : Vive Attali ! Vive la Bundesbank ! Vive l’Europe de Bruxelles ! Vive l’Euro dans les choux !

 

Juin 2012



[1] JDD, 24.6.2012.

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 16:34

 Moi qui suis le Huron de la politique et qui, par conséquent, ne suis aveuglé d’aucun des présupposés constituant l’armature intellectuelle des politologues, je vois clairement ceci : le handicap qui paralyse la politique et l’économie des pays européens et empêche toute avancée mentale de leurs responsables dans la bonne direction comme il bouche toute sortie matérielle du bourbier où ils pataugent - sous l’œil intéressé et souvent goguenard des Anglais, des Russes, de la Confédération helvétique, des Scandinaves et bien entendu des Américains et des Chinois, ce handicap n’est pas économique, n’est pas financier, n’est même pas politique. Il est psychologique.

Après avoir bâti sa réputation, son pouvoir, sur sa spécialité, aucun spécialiste ne saurait reconnaître qu’il a eu tort, en particulier à l’occasion d’un choix majeur, tel que l’introduction de la monnaie unique. Le blocage est de l’ordre de l’ego et des affects qui gouvernent l’ego. Et à plus forte raison si ce spécialiste se sent appuyé par une majorité de ses confrères, qui le confortent dans ses certitudes. C’est ainsi qu’à d’autres époques, des majorités se sont imposées dans des assemblées religieuses ou scientifiques pour condamner au nom de principes aberrants des dissidents plus clairvoyants qu’elles. Les dirigeants européens et leurs conseillers prosternés devant le traité de Maëstricht forment une sorte de club aussi arrogant que celui des partisans de la génération spontanée face aux découvertes de Pasteur, et d’autant plus soudé, d’autant plus obstiné, qu’il est de plus en plus attaqué par des résistances extérieures dont les dirigeants en cause perçoivent obscurément, mais refusent d’admettre, le bien-fondé.

   Lorsqu’on entend encore en 2012 des journalistes économiques imputer la réussite d’Airbus et d’EADS à l’intégration européenne, on se dit que les shadockeries fondatrices de l’Euroland ne sont pas près d’apparaître aux yeux de ses promoteurs. Nous devrons donc attendre avec patience que le château de cartes foireuses s’écroule de lui-même, ce qui coûtera beaucoup plus cher et fera beaucoup plus de dégâts que si l’on avait accepté de ranger posément le jeu dans le vaste tiroir des sottises historiques.

Juillet 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 17:06

En cette année johannique, nous sommes particulièrement sensibilisés à tout ce qui évoque de près ou de loin la trahison et la collaboration des Français dont le principal souci était de vendre leur pays à l’Anglais. Mais, on le sait, les Cauchons sont de toutes les époques. Témoin la lettre ci-dessous, qu’on vient de me communiquer. J’en recommande vivement la diffusion la plus large possible. Elle a été publiée par Le Monde du 8 -9 avril 2012 :
 

Expression « Lâche pas la patate»

 

Au moment où un constructeur automobile utilise la langue allemande comme vecteur symbolique de la qualité de ses produits, des groupes français se vendent... en anglais de pacotille. Ainsi, Peugeot affuble sa nouvelle 208 d'un «Let your body drive ». A l'heure où un label « Origine France garantie » est mis en avant, tout semble fait pour cacher cette réalité. Vendre en anglais, en France, aux Français, un produit fabriqué en France, c'est vraiment cracher sur notre langue et sur ceux qui la parlent. C'est le mépris élevé en mode de communication ! Quant aux arguments de nature économique, ils ne peuvent jouer ici alors que, sauf clins d'œil folkloriques, les concurrents étrangers vendent en français ! Il s'agit ici d'une volonté de renier ses origines et de refuser ainsi de façon ostensible de participer au destin collectif du peuple français qui, d'évidence, n'est pas la préoccupation des militants de la mondialisation qui veulent le tout-en-anglais. «Lâche pas la patate », disent les francophones de Louisiane. Nous, Français, ne lâchons pas la parole.

 

Marc Favre d'Échallens, Le Vésinet (Yvelines)

 

 

Dans son blogue Carnet de route, Michel Mourlet recommande de boycotter le « constructeur félon ». Je ne puis mieux faire que de m’associer à cette recommandation, ainsi qu’aux félicitations qu’il adresse au journal Le Monde, pour sa prise en considération remarquée des protestations de plus en plus nombreuses suscitées par l’anglomanie militante et galopante, qu’elle soit le fait  des milieux publicitaires, médiatiques, voire gouvernementaux, déphasés par rapport à la France réelle.

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 16:25

     De même qu’il faut recommander une pratique assidue de Nicolas Machiavel à quiconque souhaite essayer de comprendre quelque chose aux vrais ressorts et règles de l’action politique, l’ignorance de ces fondements étant la principale raison du cafouillage depuis une centaine d’années des doctrines et actions politiques en Europe, continent qui a pourtant produit les meilleurs penseurs dans ce domaine mais a cessé de les lire, de même est-il de notre devoir vis-à-vis de nos contemporains, afin qu’ils aient de nouveau, un jour, une chance de raisonner juste sur les questions qui les agitent présentement en tous sens, de notre pressant devoir, disais-je, de les inciter à se plonger dans un traité qui a beaucoup aidé leurs ancêtres à pousser la philosophie, les mathématiques et les sciences hors des ornières où elles stagnaient depuis Aristote : cet outil de la pensée juste s’intitule le Discours de la méthode. L’un de ses points forts porte sur l’objet de la réflexion et l’articulation du raisonnement. Descartes en énonce ainsi les quatre préceptes :

 

   Le premier étoit de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle; c'est-à-dire, d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenteroit si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute.

   Le second, de diviser chacune des difficultés que j'examinerais, en autant de parcelles qu'il se pourroit, et qu'il seroit requis pour les mieux résoudre. Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connoître, pour monter peu à peu comme par degrés jusques à la connoissance des plus composés, et supposant même de l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres.

   Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre.

 

   Pourquoi ce préambule ? Parce que l’on constate dans ce qui sert de pensée à la Bonne Conscience occidentale une méthode sans grand rapport avec celle de Descartes et dont le principal instrument est l’amalgame, c’est-à-dire l’affirmation du comparable sans analyse préalable. Quelques exemples : Les Ėtats-Unis d’Amérique ont réussi à s’agglomérer les uns aux autres, donc les Ėtats-Unis d’Europe doivent s’accomplir sur ce modèle ;  la France a connu des apports allogènes au cours de son histoire, donc l’afflux massif de populations africaines auquel elle se trouve actuellement confrontée est tout à fait normal, habituel et même à encourager. Amalgames à plusieurs étages : le concept de race a été utilisé par certaine idéologie que l’Histoire a récusée, donc le concept de race est récusable par la science et doit être aboli dans les textes comme dans la pensée ; les droits de la femme sont égaux à ceux du sexe opposé, ce qui va sans dire, donc aucune différence ne peut être établie entre les sexes, ni par conséquent dans les relations entre sexes. On pourrait énumérer d’autres exemples d’amalgames sans vergogne, sur la monnaie unique, sur l’énergie nucléaire, etc.

   On remarquera d’ailleurs que l’amalgame, plutôt qu’un instrument cognitif, est une arme sournoise dont se sert systématiquement le courant idéologique qu'il est inutile de nommer, puisque éminemment reconnaissable à ceci : son principal point d’ancrage dans la réalité a toujours été le déni de la réalité elle-même, conçue comme modelable, transformable ou supprimable à merci : hier, à la dévotion de l’Internationale prolétarienne, maintenant au service de la nouvelle Internationale, celle de la jungle économique (appelée aussi « mondialisation ») mais toujours au détriment des valeurs et des intérêts réels de la patrie. 

   Je me propose d’étudier ultérieurement chacun des exemples ci-dessus, et peut-être d’autres aussi, car l’actualité ne cesse d’en fournir. Je montrerai ainsi, du moins je l’espère, combien précieux sont les préceptes de Descartes pour entendre le chant du monde derrière les litanies psalmodiées du Discours unique ; pour voir un peu plus clair à travers le brouillard de l’idéologie. Par ce billet-ci, à ceux qui le méritent sans en avoir eu l’occasion, j’aimerais surtout communiquer le désir de se rafraîchir les idées dans le texte fondateur de l’intellection moderne.

(13/3/2012)

  l

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 15:14

13 février 2012

 

Titre d’un débat tout récent sur la chaîne LCP :  « 20 ans après Maastricht, la fin d'un   rêve ? ». Cette question qui nous ramène vingt ans en arrière, c’est elle qui, moi, me fait croire que je rêve. À l’heure où j’écris ces lignes, la Grèce est en état d’insurrection. Dans un opuscule publié en 2002 dont je citerai le titre ci-dessous, on pouvait lire : « Faut-il attendre que la situation pourrisse davantage, […], que la population exaspérée d’être tenue à l’écart s’insurge dans la rue ? » Eh bien, nous y sommes. Et cela ne fait que commencer.

    Je rappelle les objectifs formulés ou impliqués par ce funeste traité dont on commence à peine, aujourd’hui, à apprécier les résultats non seulement en Grèce, mais partout dans la « zone Euro ». Pour résumer rapidement les choix proposés aux Français, il s’agissait  avant tout de rendre les Européens plus « solidaires » en faisant plus contraignante l’emprise des organismes fédérateurs de Bruxelles ; il s’agissait  de faciliter la circulation générale des personnes, des valeurs et des biens en perméabilisant les frontières des États membres, en lâchant davantage la bride au libre-échange et en dotant celui-ci d’une monnaie unique censée s’opposer victorieusement à la toute-puissance du dollar. Tout ceci dans l’optique d’un renforcement des capacités économiques et politiques de l’« Europe » ainsi remodelée, et dans le généreux dessein d’accroître le bien-être de sa population.

   Les exemples des bienfaits de la « construction européenne » fournis aux Français en cette occurrence, pour les édifier et les convaincre, auraient peut-être pu les alerter. Toutes les réussites industrielles des années d’après-guerre lui furent attribuées, qui n’étaient que le produit d’accords bi ou multilatéraux entre États et entre grands groupes, accords parfaitement réalisables dans un autre contexte. Nous n’avions nul besoin du Traité de Rome ni de ce qui s’est ensuivi pour fabriquer le Concorde, le TGV, nos matériels militaires ou le pont de Tancarville. C’est tout juste si on ne nous poussait pas à remercier dans une prière du matin les institutions européennes de notre baguette de pain de chaque jour, comme dans le pater noster.

   De même a-t-on commencé à  nous rebattre les oreilles d’une Culture européenne censée relever de modèles spécifiques et partagés, de canons esthétiques uniformes, reconnaissables de Marseille à Liverpool, de Berlin à Vladivostok, rayant d’un trait de plume médiatique la foisonnante  richesse apportée par des styles nationaux irréductibles, posés sur des socles historiques complètement hétérogènes, gréco-latin, celte, germanique, scandinave,   qui font que le Ring n’aurait pu être composé à Athènes, ni Barcelone édifiée à Oslo.

    Fallait-il être grand clerc pour discerner derrière l’hyperbole de ces discours éloignés à dessein de la réalité une certaine inquiétude ? Les porteurs du flambeau européiste se demandaient sans doute si une nation telle que la France, qui avait combattu durant deux millénaires pour acquérir et conserver la souveraineté qui garantissait sa liberté de choix et de manœuvre, l’abandonnerait ainsi du jour au lendemain, pour se jeter dans des bras étrangers, pour s’en remettre à des décisions prises ailleurs…

   Je ne vais pas raconter la suite que tout le monde connaît, inverse en tous points de l’idyllique tableau brossé par les zélateurs du garrot fédéraliste et que certains d’entre nous avaient annoncée avec précision – car l’enchaînement des faits, le déterminisme des faits dans l’histoire des hommes à partir d’un libre choix initial, n’est pas plus éludable que la causalité des phénomènes dans le monde physique – dès 1992 (l’Europe déraisonnable, Éd. Guibert-Valmonde). Suite, enchaînement dont, parmi d’autres, mon ami Michel Mourlet avait cerné les motivations politiques plus ou moins dissimulées et les analogies avec d’autres épisodes de notre histoire dans Pourquoi Chevènement (Éd. France Univers, mars 2002), mettant notamment l’accent sur les visées allemandes, - qui éclatent aujourd’hui au grand jour. L’incroyable injonction faite aux Français par la chancelière Merken de maintenir M. Sarkozy à son poste de commissionnaire de Washington s’inscrit dans la droite ligne du déterminisme maëstrichtien. Il nous faut nous attendre à présent à des distorsions encore plus ingérables entre la réalité des peuples et la fiction européiste, qui aboutiront, hélas ! à des révoltes beaucoup plus violentes et générales que celle des Grecs. Mais qui ne sait que la violence, lorsqu’elle est légitime, peut se révéler salutaire ?

 

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 09:50

Mon ami Mourlet m’a autorisé à reproduire le texte ci-dessous, dont un état  abrégé pour cause de mise en page a été publié ce mois-ci dans Service littéraire (N° 48, janvier 2012). J’ai pensé qu’une illustration pourrait  égayer un peu l’austérité du sujet.

 

LE TRICHAS

Extrait d’un dialogue retrouvé de Platon

Traduit du grec par Michel Mourlet

 

_________________________________

 

SOCRATE : Où cours-tu ainsi, Trichas, par les rues d’Athènes,  l’œil sombre, la chevelure encore plus désordonnée qu’à l’ordinaire?

TRICHAS : Tous solidaires ! Sauvons l’Euro !

SOCRATE : Sauver l’Euro ?

TRICHAS : Il faut sauver l’Euro, par tous les dieux. ! Ou bien la catastrophe sera plus terrible que l’engloutissement de l’île des Atlantes, décrit par la bouche de Critias.

SOCRATE : Soyons-en préservés ! Mais pourquoi la disparition de l’Euro serait-elle si effroyable ?

TRICHAS : Pour deux raisons, Socrate, qu’ignorent les démagogues. La première : tous les vrais économistes, dont je fais partie, l’affirment. Ce que les spécialistes proclament ne saurait être contesté. Seconde raison : l’Euro a été créé pour rendre notre cité plus riche, et inattaquable par les autres monnaies, la drachme de Sparte, la darique perse, la créséide de Lydie. En y renonçant, Athènes perdrait sa crédibilité financière.

SOCRATE : En effet, quoique cette crédibilité ne soit déjà plus qu’un souvenir, ce sont des raisons très fortes. Me permets-tu, Trichas, de les examiner tour à tour ?

TRICHAS : Je t’en prie.

 SOCRATE : Ainsi, tous les experts l’affirment, absolument tous ? 

TRICHAS : Pour dire vrai, il y a des exceptions. Quelques-uns ont jugé prématurée la création d’une monnaie unique ; d’autres, qu’elle était inutile, voire nuisible, et qu’il valait mieux une monnaie commune, ce qui n’est pas du tout la même chose, puisque cette dernière permet de conserver la monnaie nationale… principal signe, pardonne-moi le mot, Socrate,   de cette foutaise qu’on appelle souveraineté, autrement dit pour une nation : sa liberté de manœuvre ; liberté pour quoi faire, je te le demande un peu !  D’autres ont même estimé cette monnaie impraticable, vu la divergence d’intérêts des peuples et la disparité de leurs économies. Ces critiques, la majorité des vrais économistes les ont toujours taxées de fariboles. Il suffit de vouloir l’Euro pour que l’Euro soit.

SOCRATE : Il y a donc des objections à l’existence de l’Euro ?

TRICHAS : En fait, non, car il n’y a qu’une politique possible.

SOCRATE : Ah ! bien, fort bien. ! Et pourquoi donc, Trichas ?

TRICHAS : Parce que tous les vrais économistes l’affirment.

SOCRATE : Je t’entends. Mais sur quoi fondent-ils leur certitude, qui semble ton principal argument ?

TRICHAS : Sur le fait que l’Euro doit apporter à Athènes richesses et invulnérabilité économique et financière.

 SOCRATE : Assurément. Et les apporte-t-il ?

TRICHAS : Cela viendra.

SOCRATE : Oublions un instant que l’inverse s’est produit, motif de ton injonction : « Sauvons l’Euro ! » Est-il quelque avantage concret que cette monnaie une seule fois ait offert à ses détenteurs ? Avons-nous vendu une trière de plus ? Avons-nous un va-nu-pied de moins ? Sommes nous plus puissants que sous Périclès, lorsqu’il nous suffisait de la drachme pour commercer avec l’univers ?

TRICHAS : Des avantages, on ne voit que cela. Tous les vrais économistes l’affirment.

SOCRATE : Tant mieux. Tu me les énuméreras tout à l’heure, ces avantages, Trichas, je n’en doute pas. Et tu me citeras une foule d’exemples précis des gains qu’ils nous ont rapportés. Et si l’Euro est de taille à procurer tant de profits, il est à supposer que le Péloponnèse, que les Barbares, qui n’ont pas jugé utile de l’adopter, sont plongés dans une crise bien plus épouvantable que la nôtre ?

 TRICHAS : Socrate, pardonne mon insolence, mais tu raisonnes parfois d’étrange façon.  Sans doute il nous faut admettre que les Barbares du Nord, les Helvètes, les indigènes saugrenus (leurs chars roulent à gauche !) de cette île qu’on nomme je crois la  Bretagne, et Sparte, et ceux des terres glacées de l’Est, et les autres peuples du monde civilisé ou non, rencontrent moins de difficultés que nous qui avons la chance d’habiter la zone eurogène, celle du plaisir économique… Anomalie momentanée, puisque, on ne le répètera jamais assez, nous possédons le meilleur bouclier monétaire possible, mis en œuvre par la seule politique possible.

SOCRATE : Si je résume notre début de conversation, Trichas, ton raisonnement à toi est le suivant : les nations qui ont choisi l’Euro subissent un tel désastre qu’il menace l’existence même de leur monnaie. Il faut donc sauver à tout prix l’Euro qui nous a ruinés et pour ce faire, conserver la même politique, seule possible selon les experts, pour éviter une catastrophe encore pire : retrouver la situation antérieure, et meilleure, que connaissent les insensés qui n’ont pas suivi notre exemple. Ai-je bien compris ?

………………………

   (Fragment d’un dialogue de Platon, retrouvé en creusant pour le métro d’Athènes un tunnel dont les usagers ne sont pas près d’apercevoir le bout… Ceux d’entre nous qui,  sachant un peu de grec, en ont déchiffré la suite,  ont pu se rendre compte que tout n’allait pas vraiment dans le sens espéré par Trichas. Après ce très célèbre et influent économiste,  Socrate avait tenu à interroger nombre d’Athéniens parmi les plus qualifiés : archontes, orateurs, collecteurs d’impôts, négociants en huile d’olive, pour tenter d’obtenir au moins un argument solide en faveur du remplissage par les filles de Danaos du tonneau percé de l’Euro. Il en aurait entendu deux, qui justifient sans nul doute qu’un État abandonne sa liberté budgétaire, c’est-à-dire  la maîtrise de sa politique : un de ses jeunes disciples, épris des longues marches qui usent les sandales, appréciait que la monnaie unique facilitât ses achats de colifichets en pays barbare ; et un banquier crétois faillit  mourir d’une vapeur au cerveau à la pensée des modifications qu’il lui faudrait apporter, en cas de retour de la drachme,  aux relevés de comptes emportés sur les ailes  de ses pigeons voyageurs.)   

 Trichet.jpg 

   Jean-Claude Trichet à la recherche de l'Euro perdu

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