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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 09:37

Je me présente : vieux compagnon de route de Michel Mourlet qui, dans les années 70 du siècle dernier, s’est institué bien malgré moi mon biographe. Je me trouve être le personnage principal de quatre de ses livres et de quelques récits plus brefs, publiés ici ou là. Un peu las d’une réputation qu’il m’a faite, de dilettante, de touche à tout, d’esthète désargenté,  de séducteur papillonnant qui ne prend rien au sérieux et surtout pas les femmes, j’ai décidé, l’âge venant, de me saisir à mon tour d’une plume, disons plutôt d’un clavier, ne fût-ce que pour montrer que moi aussi, Patrice Dumby, je suis capable de travailler,  de m’intéresser à d’autres sujets que les petites culottes en dentelle et le diamètre des bulles de champagne. Par exemple : la politique. Ou plus précisément la politique étrangère – étendue à la géopolitique –, la seule qui vaille selon moi, puisque les états d’âme des états-majors de parti (comment, lorsque on pense par soi-même, suivre la ligne d’un parti ?) m’apparaissant aussi passionnants que les évolutions du prix de la baguette, – ce dernier, d’ailleurs, conséquence de l’état du monde.

    – … Mais la réciproque de votre maxime est encore plus vraie, aurait pu rétorquer le Général au Tigre. La politique est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des politiciens. Comment ne pas lui donner raison, lorsqu’on voit par qui est dilapidé l’argent public, bradé notre liberté d’action au nom d’illusoires solidarités, abaissé la puissance et l’indépendance de la France, dont toute l’ambition semble se réduire aujourd’hui à devenir bonne à tout faire de l’Oncle Sam ? Ainsi, puisque les politiciens de droite comme de gauche se révèlent depuis 1974 à ce point incapables de maîtriser les situations, qu’il s’agisse d’un programme scolaire ou d’un déferlement migratoire, d’un réseau de petits trafiquants de banlieue ou du budget de nos armées, d’une épidémie de grippe ou de la souveraineté de la nation, en vertu de quoi, je vous le demande, par quel décret céleste ou génétique me serait-il interdit d’énoncer des propos pour le moins aussi fiables que les assertions des spécialistes officiels toujours démentis par les événements ?

   Ils sont tellement conscients, d’ailleurs, nos politiciens, d’avoir fragilisé à l’extrême leur position par leurs erreurs et leurs contrevérités perpétuelles, que la plus légère allusion à l’éventualité d’un recours direct au verdict du peuple, en particulier sur les questions qui concernent le plus vitalement le peuple, leur fait pousser des cris auprès de quoi les hurlements sous la torture ressemblent à des gazouillis d’oiseau. Le suffrage universel, pour eux qui ne savent plus gouverner, a cessé d’être une délégation à des professionnels expérimentés, par le peuple, de la responsabilité de soutenir ses revendications et ses choix. Ce n’est plus qu’une machine aux rouages un peu compliqués qu’on huile, astique et repeint à chaque nouvelle échéance électorale pour se faire élire : but ultime, soleil éclatant au bout de leur horizon, appât  miroitant où se résume leur vision de la France, de la société et de l’univers.

   Si nous avions affaire à une caste d’authentiques experts, à la compétence éprouvée, à l’intuition fine, au solide bon sens, à la vision aussi large que longue dans le passé et dans l’avenir, à la fermeté inébranlable dans le dessein, et avant tout qui auraient le sens et la passion de leur patrie, à des hommes tels qu’il est arrivé à notre pays, pour son salut, d’en compter, je serais le premier, moi, Patrice Dumby, à réclamer pour eux l’exclusivité du travail politique. À rejeter avec dégoût, comme l’expression d’un bas calcul démagogique, l’idée même de référendum populaire  Mais eux ! Eux, qui osent encore invoquer les principes démocratiques, eux qui sont allés tout récemment jusqu’à emprunter à une école littéraire d’avant-guerre le mot « populisme », pour bien marquer leur mépris du peuple et de ses volontés ! Eux ! « En prison, clamait Ferrante, en prison pour médiocrité. »

    N.B. : Les lecteurs de ces Carnets politiques qui ne me connaissent pas encore, et souhaiteraient s’informer avant d’aller plus avant, peuvent le faire en se procurant, s’ils sont encore disponibles, les ouvrages suivants de Michel Mourlet :

Chronique tranquille de Patrice Dumby, SPL, 1977.

Patrice et les bergères, SPL, 1978.

Les Filles  de l’eau, La Table Ronde, 1986.

La Chambre noire, Manya, 1990.

Sur un art ignoré, la Mise en Scène comme langage (ma première apparition, pp. 93-94), réédition Ramsay Poche, 2008.

L’Écran éblouissant (ma rencontre avec Mourlet et son appropriation de mon personnage, pp. 187-189), Presses Universitaires de France, 2011.

Instants critiques (« Les Mille et Une Nuits de Saddam, trois histoires de Patrice Dumby », pp. 119 et sq.), Alexipharmaque, 2011.

La Revue littéraire, nos 12 (« La Châsse de Champagnat »), et 14 (« Encore une manigance des dieux »), Éd. Léo Scheer. 

 

 

 

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Dumby Par Lui-Même

  • : Carnets politiques de Patrice Dumby
  • : Réflexions sur la politique au fil de l'actualité, par le personnage principal d'une série romanesque de Michel Mourlet intitulée "Chronique de Patrice Dumby".
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