Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 21:39

   Tous les Français ne s’en sont pas encore rendu compte, parce qu’ils ne regardent pas tous Canal Plus (à tort, selon nous ; c’est une chaîne bien instructive) : leur pays depuis la dernière élection présidentielle est gouverné par l’émission « culte » de ladite chaîne, à savoir les Guignols.

   C’est un réflexe culturel : chaque fois qu’ils promulguent une loi, qu’ils font une déclaration solennelle, qu’ils pleurent leurs larmes de crocodile repentant, qu’ils prennent une décision économique, qu’ils interviennent contre une « manif » ou qu’ils expliquent le bien-fondé et les perspectives d’avenir de leur action, nous nous attendons, sourire aux lèvres, à les voir se coiffer d’un entonnoir, se planter un gros nez en carton et se trémousser de l’arrière-train en dansant la farandole. Comment se représenter autrement, dans ses pompes et ses œuvres, l’équipe de bras cassés et de clowns sinistres qui, grâce à une série de mensonges caractérisés et de secrètes impostures dont on commence à peine à apercevoir quelques bribes, prétend aujourd’hui gouverner la France ?  

   Ainsi le « mouton de votant », comme le surnomment entre eux les politiciens, à l’instar de ces publicitaires qui se tapent sur le ventre en évoquant le « cochon de payant », le mouton de votant, donc, le benêt mené à l’urne comme le bestiau à l’abattoir, a cru qu’il allait élire et, partant, concrétiser, les promesses farfelues de M. Mimolette, alors que M. Mimolette,   marionnette de la télévision, sans idées, sans programme, était seulement attentif à dire ce qu’il croyait devoir dire pour fouler enfin un beau tapis rouge après un interminable parcours à la fois terne, médiocre et harassant.

   Ne pouvant à l’évidence remplir les engagements économiques saugrenus qui faisaient saliver la race ovine des électeurs (si maltraitée qu'elle est en voie de disparition, ce qui explique le très faible pourcentage suffisant aujourd’hui à l’élection d’un guignol de l’info), M. Mimolette, du haut de son fromage, a cru qu’il pourrait tenir au moins l’un de ses engagements solennels, car celui-ci ne coûtait rien : la transformation de l’institution du mariage (dont il se soucie comme d’une guigne, au point que pour sa part il s’est bien gardé de s’y soumettre) en une farce truculente dont l’idée, bien entendu, n’était pas de lui… puisque cet homme prudent, habile à se protéger de tout, n’a jamais été agressé par la moindre idée personnelle. L’idée appartient de droit à deux éminents politologues français du siècle dernier : MM. Coluche et Thierry Le Luron. Oubliant (car il n’oublie pas seulement ses promesses) que leur union bidon et brillamment médiatisée avait fait se bidonner la France, mais se rappelant toutefois que les deux drilles en question ressemblaient comme deux gouttes d’eau à ses collègues de Canal Plus, il crut intelligent de transporter cette parodie burlesque dans le code civil. Ainsi, pensait-il, il ferait plaisir sans frais à une poignée de guignolets et guignolettes mêlé-cass, dorés sur tronche au soleil des States et jacassant dans les salons parisiens, sans importance réelle mais  très attachés à ce qu’on les admire quand ils font mine de culbuter la civilisation. Cela fonctionnerait comme d’habitude, comme le lent enlisement dans les sables mouvants de l’Euroland par exemple, grâce à la servilité des corps constitués, derrière le broutement du troupeau.  

   Las ! Cela se passa tout autrement. Quelque chose aurait dû pourtant mettre la puce à l’oreille de Mimolette. Quelque chose qui n’avait rien à voir avec la singerie du conjungo, mais qui dénotait pour le moins, sur la route à sens unique, une sorte de réveil inattendu du bon sens, peut-être même du sens critique, dans cette populace méprisée des élites : le rejet de la fusion alsacienne, présentée comme une réforme utile, une mesure d’économie et d’efficacité accrue, en réalité un pas de plus vers la dislocation de la nation française, tant espérée et depuis si longtemps par nos amis allemands, anglais, eurolandais et mondialistes. La majorité silencieuse (« silencieux » dans le langage politico-médiatique étant comme on sait synonyme d’« abruti »), commençait à s’émouvoir ! Elle commençait à ruer entre les deux brancards, celui de gauche mais aussi celui de droite, qu’il est parfois si malaisé de distinguer l’un de l’autre.

   Iseult convolant avec Sapho, Cupidon au fronton des mairies sodomisé par Corydon (que d’ailleurs personne ne connaît, même parmi les zélateurs de la chose), cela va sans doute se révéler bien pire. « Quand les peuples cessent d’estimer, ils cessent d’obéir » disait quelqu’un qu’ils n’ont pas lu non plus. Quand gouvernent les Guignols, le désobéissance devient plus qu'un droit : un devoir. Ce n’est pas le Général que nous savons qui, d’outre tombe, dira le contraire. Le trop prudent Mimolette, ses yeux de myope gentiment écarquillés, a ouvert la boite de Pandore. Même les dieux ignorent ce qu’il en sortira.

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Dumby Par Lui-Même

  • : Carnets politiques de Patrice Dumby
  • : Réflexions sur la politique au fil de l'actualité, par le personnage principal d'une série romanesque de Michel Mourlet intitulée "Chronique de Patrice Dumby".
  • Contact

Recherche

Liens