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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 08:01

   Les mots « surprise », choc », séisme » employés à qui mieux mieux par les commentateurs appartenant soit au personnel politique bien-pensant, soit aux médias de la même obédience, pour qualifier le résultat des élections européennes, est sans doute ce qui surprend le plus dans cette affaire. Hormis ces spécialistes patentés de la réflexion sociale et politique, on se demande qui aurait pu ne pas prévoir un raz-de-marée bleu marine, annoncé depuis des mois par tous les indicateurs visibles ou pressentis ? En réalité, à l’exception de quelques idiots de village irrécupérables, les politiciens et politologues en question prévoyaient parfaitement ce résultat, mais feignent aujourd’hui un étonnement scandalisé car ils en sont pour une grande part responsables tant par l’impéritie de leurs actes que par leurs prises de position. Ils se comportent  comme ces ministres tombant des nues à propos d’une opération financière douteuse dont ils ont bénéficié.

     Le succès à l’échelle européenne des partis surnommés « populistes » par ceux qui méprisent le peuple et ne tolèrent le suffrage universel que lorsqu’il va dans leur sens, montre sans la moindre ambiguïté qu’une proportion d’électeurs de plus en plus forte commence à mesurer la nocivité de la « construction européenne », telle qu’elle a été dénoncée par les plus perspicaces depuis environ vingt ans : précisément à partir de 1992, annus horribilis non seulement pour la Cour d’Angleterre, mais surtout en raison du funeste traité de Maëstricht. Cette dénonciation, cette leçon collective de philosophie politique, personne, absolument personne parmi les responsables successifs du gouvernement de la France, n’a envisagé une seconde d’en tenir compte. Aux arguments fondés sur la connaissance du passé, sur les lois historiques et économiques, sur l’expérience de la nature humaine, sur la logique, voire sur le simple bon sens, n’ont été systématiquement opposées que des vœux, des prières et des incantations théologales de l’ordre de l’espérance. Grâce à l’Europe de Bruxelles, on allait voir ce qu’on allait voir ! On a vu.

   Non, mille fois non ! avions-nous prévenu : demain, ni Bruxelles ni l’euro ne raseront gratis. En tout cas votre barbe. Ce qu’ils raseront, c’est votre économie, vos usines, votre liberté d’être maîtres chez vous.

   Je ne vais pas établir ici une liste exhaustive des essais et des articles de presse qui, pour me limiter à notre pays, ont participé à cet avertissement prémonitoire. (Mais on sait bien qu’il n’existe pas de devin ; il n’y a que des esprits lucides, capables d’apercevoir les conséquences d’une prémisse.) Je me bornerai pour ma part à rappeler trois ouvrages où trempa mon vieux camarade Mourlet, délaissant le récit de mes frasques sous l’aiguillon de la bêtise régnante : l’Europe déraisonnable (dirigé par Philippe de Saint-Robert) en 1992, Pourquoi Chevènement (2002) et Français, mon beau souci (2009), dont le chapitre intitulé « Le garrot fédéraliste ou la liberté française » reprend à peu de chose près un texte publié dans l’opuscule précédent.

   Sans entrer dans les détails, je voudrais attirer l’attention sur un point, car il peut donner une juste idée de l’ensemble. En 2002, donc, Michel Mourlet écrivait : « Je n'ai jamais lu ni entendu nulle part ce qui semblerait le minimum indispensable d'une information honnête sur la  construction européenne : deux colonnes de chiffres. A gauche, ce que l'Europe a coûté à la France depuis l'origine ; à droite, ce qu'elle lui a rapporté [...]. Dans une civilisation où le Veau d'or est la seule divinité encore respectée, ce serait la moindre des politesses. Est-ce impossible ? » Eh bien, tout récemment,  l’information réclamée a enfin été fournie au grand public, au moins en partie, dans un magazine d’information en ligne : « Les dernières données publiques dont on dispose datent de 2011. Cette année-là, la France avait versé 19,6 milliards d'euros au budget (16,3% du montant total), et se classait deuxième plus gros contributeur d'Europe [...]. » Mais, précise l’article, la France « est un "contributeur net", qui verse plus d'argent à l'Europe qu'elle n'en récupère [...] avec une somme de 13,1 milliards d'euros en 2011. » Sur vingt ans, faites le compte et rapportez-le à la dette publique.

« Remémorons-nous l’agonie de tous les régimes », prophétisait en 2002 l’auteur de la Guerre des idées. « Faut-il attendre que la situation pourrisse davantage, que l’armée excédée prenne le pouvoir ou que la population exaspérée d’être tenue à l’écart s’insurge dans la rue ? » Vox clamantis...

   Pour les lecteurs intéressés par le sujet bruxellois, par la situation de la langue et du cinéma français, et plus généralement par le sort de la France, lire Français, mon beau souci par Michel Mourlet, Éd. France Univers, 228 pages, 21 €. À commander dans toutes les librairies ou directement chez l’éditeur : http://www.editionsfranceunivers.com

 

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  • : Réflexions sur la politique au fil de l'actualité, par le personnage principal d'une série romanesque de Michel Mourlet intitulée "Chronique de Patrice Dumby".
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