Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 16:25

     De même qu’il faut recommander une pratique assidue de Nicolas Machiavel à quiconque souhaite essayer de comprendre quelque chose aux vrais ressorts et règles de l’action politique, l’ignorance de ces fondements étant la principale raison du cafouillage depuis une centaine d’années des doctrines et actions politiques en Europe, continent qui a pourtant produit les meilleurs penseurs dans ce domaine mais a cessé de les lire, de même est-il de notre devoir vis-à-vis de nos contemporains, afin qu’ils aient de nouveau, un jour, une chance de raisonner juste sur les questions qui les agitent présentement en tous sens, de notre pressant devoir, disais-je, de les inciter à se plonger dans un traité qui a beaucoup aidé leurs ancêtres à pousser la philosophie, les mathématiques et les sciences hors des ornières où elles stagnaient depuis Aristote : cet outil de la pensée juste s’intitule le Discours de la méthode. L’un de ses points forts porte sur l’objet de la réflexion et l’articulation du raisonnement. Descartes en énonce ainsi les quatre préceptes :

 

   Le premier étoit de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle; c'est-à-dire, d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenteroit si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute.

   Le second, de diviser chacune des difficultés que j'examinerais, en autant de parcelles qu'il se pourroit, et qu'il seroit requis pour les mieux résoudre. Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connoître, pour monter peu à peu comme par degrés jusques à la connoissance des plus composés, et supposant même de l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres.

   Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre.

 

   Pourquoi ce préambule ? Parce que l’on constate dans ce qui sert de pensée à la Bonne Conscience occidentale une méthode sans grand rapport avec celle de Descartes et dont le principal instrument est l’amalgame, c’est-à-dire l’affirmation du comparable sans analyse préalable. Quelques exemples : Les Ėtats-Unis d’Amérique ont réussi à s’agglomérer les uns aux autres, donc les Ėtats-Unis d’Europe doivent s’accomplir sur ce modèle ;  la France a connu des apports allogènes au cours de son histoire, donc l’afflux massif de populations africaines auquel elle se trouve actuellement confrontée est tout à fait normal, habituel et même à encourager. Amalgames à plusieurs étages : le concept de race a été utilisé par certaine idéologie que l’Histoire a récusée, donc le concept de race est récusable par la science et doit être aboli dans les textes comme dans la pensée ; les droits de la femme sont égaux à ceux du sexe opposé, ce qui va sans dire, donc aucune différence ne peut être établie entre les sexes, ni par conséquent dans les relations entre sexes. On pourrait énumérer d’autres exemples d’amalgames sans vergogne, sur la monnaie unique, sur l’énergie nucléaire, etc.

   On remarquera d’ailleurs que l’amalgame, plutôt qu’un instrument cognitif, est une arme sournoise dont se sert systématiquement le courant idéologique qu'il est inutile de nommer, puisque éminemment reconnaissable à ceci : son principal point d’ancrage dans la réalité a toujours été le déni de la réalité elle-même, conçue comme modelable, transformable ou supprimable à merci : hier, à la dévotion de l’Internationale prolétarienne, maintenant au service de la nouvelle Internationale, celle de la jungle économique (appelée aussi « mondialisation ») mais toujours au détriment des valeurs et des intérêts réels de la patrie. 

   Je me propose d’étudier ultérieurement chacun des exemples ci-dessus, et peut-être d’autres aussi, car l’actualité ne cesse d’en fournir. Je montrerai ainsi, du moins je l’espère, combien précieux sont les préceptes de Descartes pour entendre le chant du monde derrière les litanies psalmodiées du Discours unique ; pour voir un peu plus clair à travers le brouillard de l’idéologie. Par ce billet-ci, à ceux qui le méritent sans en avoir eu l’occasion, j’aimerais surtout communiquer le désir de se rafraîchir les idées dans le texte fondateur de l’intellection moderne.

(13/3/2012)

  l

Partager cet article
Repost0

commentaires

Dumby Par Lui-Même

  • : Carnets politiques de Patrice Dumby
  • : Réflexions sur la politique au fil de l'actualité, par le personnage principal d'une série romanesque de Michel Mourlet intitulée "Chronique de Patrice Dumby".
  • Contact

Recherche

Liens