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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 15:14

13 février 2012

 

Titre d’un débat tout récent sur la chaîne LCP :  « 20 ans après Maastricht, la fin d'un   rêve ? ». Cette question qui nous ramène vingt ans en arrière, c’est elle qui, moi, me fait croire que je rêve. À l’heure où j’écris ces lignes, la Grèce est en état d’insurrection. Dans un opuscule publié en 2002 dont je citerai le titre ci-dessous, on pouvait lire : « Faut-il attendre que la situation pourrisse davantage, […], que la population exaspérée d’être tenue à l’écart s’insurge dans la rue ? » Eh bien, nous y sommes. Et cela ne fait que commencer.

    Je rappelle les objectifs formulés ou impliqués par ce funeste traité dont on commence à peine, aujourd’hui, à apprécier les résultats non seulement en Grèce, mais partout dans la « zone Euro ». Pour résumer rapidement les choix proposés aux Français, il s’agissait  avant tout de rendre les Européens plus « solidaires » en faisant plus contraignante l’emprise des organismes fédérateurs de Bruxelles ; il s’agissait  de faciliter la circulation générale des personnes, des valeurs et des biens en perméabilisant les frontières des États membres, en lâchant davantage la bride au libre-échange et en dotant celui-ci d’une monnaie unique censée s’opposer victorieusement à la toute-puissance du dollar. Tout ceci dans l’optique d’un renforcement des capacités économiques et politiques de l’« Europe » ainsi remodelée, et dans le généreux dessein d’accroître le bien-être de sa population.

   Les exemples des bienfaits de la « construction européenne » fournis aux Français en cette occurrence, pour les édifier et les convaincre, auraient peut-être pu les alerter. Toutes les réussites industrielles des années d’après-guerre lui furent attribuées, qui n’étaient que le produit d’accords bi ou multilatéraux entre États et entre grands groupes, accords parfaitement réalisables dans un autre contexte. Nous n’avions nul besoin du Traité de Rome ni de ce qui s’est ensuivi pour fabriquer le Concorde, le TGV, nos matériels militaires ou le pont de Tancarville. C’est tout juste si on ne nous poussait pas à remercier dans une prière du matin les institutions européennes de notre baguette de pain de chaque jour, comme dans le pater noster.

   De même a-t-on commencé à  nous rebattre les oreilles d’une Culture européenne censée relever de modèles spécifiques et partagés, de canons esthétiques uniformes, reconnaissables de Marseille à Liverpool, de Berlin à Vladivostok, rayant d’un trait de plume médiatique la foisonnante  richesse apportée par des styles nationaux irréductibles, posés sur des socles historiques complètement hétérogènes, gréco-latin, celte, germanique, scandinave,   qui font que le Ring n’aurait pu être composé à Athènes, ni Barcelone édifiée à Oslo.

    Fallait-il être grand clerc pour discerner derrière l’hyperbole de ces discours éloignés à dessein de la réalité une certaine inquiétude ? Les porteurs du flambeau européiste se demandaient sans doute si une nation telle que la France, qui avait combattu durant deux millénaires pour acquérir et conserver la souveraineté qui garantissait sa liberté de choix et de manœuvre, l’abandonnerait ainsi du jour au lendemain, pour se jeter dans des bras étrangers, pour s’en remettre à des décisions prises ailleurs…

   Je ne vais pas raconter la suite que tout le monde connaît, inverse en tous points de l’idyllique tableau brossé par les zélateurs du garrot fédéraliste et que certains d’entre nous avaient annoncée avec précision – car l’enchaînement des faits, le déterminisme des faits dans l’histoire des hommes à partir d’un libre choix initial, n’est pas plus éludable que la causalité des phénomènes dans le monde physique – dès 1992 (l’Europe déraisonnable, Éd. Guibert-Valmonde). Suite, enchaînement dont, parmi d’autres, mon ami Michel Mourlet avait cerné les motivations politiques plus ou moins dissimulées et les analogies avec d’autres épisodes de notre histoire dans Pourquoi Chevènement (Éd. France Univers, mars 2002), mettant notamment l’accent sur les visées allemandes, - qui éclatent aujourd’hui au grand jour. L’incroyable injonction faite aux Français par la chancelière Merken de maintenir M. Sarkozy à son poste de commissionnaire de Washington s’inscrit dans la droite ligne du déterminisme maëstrichtien. Il nous faut nous attendre à présent à des distorsions encore plus ingérables entre la réalité des peuples et la fiction européiste, qui aboutiront, hélas ! à des révoltes beaucoup plus violentes et générales que celle des Grecs. Mais qui ne sait que la violence, lorsqu’elle est légitime, peut se révéler salutaire ?

 

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