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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 16:35

La Gazette des blaireaux

Après les élections régionales, le déni explicatif

Les commentaires politiques de la médiasphère consécutifs à chaque nouvelle élection frappent une fois encore par leur caractère inapproprié. La question se pose donc, elle aussi, de nouveau : le font-ils exprès, ou sont-ils simplement entrainés et aveuglés par les automatismes de leur mécanique intellectuelle ? J’avais déjà traité le sujet ici même, l’an dernier, après le résultat des « européennes » et fourni un embryon de réponse :

« Les mots « surprise », choc », séisme » employés à qui mieux mieux par les commentateurs appartenant soit au personnel politique bien-pensant, soit aux médias de la même obédience, pour qualifier le résultat des élections européennes, est sans doute ce qui surprend le plus dans cette affaire. Hormis ces spécialistes patentés de la réflexion sociale et politique, on se demande qui aurait pu ne pas prévoir un raz-de-marée bleu marine, annoncé depuis des mois par tous les indicateurs visibles ou pressentis ? En réalité, à l’exception de quelques idiots de village irrécupérables, les politiciens et politologues en question prévoyaient parfaitement ce résultat, mais feignent aujourd’hui un étonnement scandalisé car ils en sont pour une grande part responsables tant par l’impéritie de leurs actes que par leurs prises de position. Ils se comportent comme ces ministres tombant des nues à propos d’une opération financière douteuse dont ils ont bénéficié. »

Le séisme (à « répliques » de plus en plus fortes et rapprochées depuis trente ans), une fois subi dans un effarement simulé, se digère dans une vraie douleur. Voilà qui « les » amène à presser sur leur ventre rebondi le bouton réfléchir. Aussitôt se remet à cliqueter le robot mental qui pour moitié (ou les trois quarts ?) leur tient lieu de cerveau. On voit distinctement que la première opération ‒ appuyer sur le bouton ‒ est volontaire, et qu’elle en enclenche une seconde : le pilotage automatique de la pensée.

Examinons à présent la litanie débitée d’une voix nasillarde et hachée par la machine en question : insé-cu-rité, fer-meture d’en-treprises, chô-mage, baisse du-pouvoir-d’achat, l’« exaspération » née de la persistance de ces maux et la peur de l’avenir qui va de pair, à quoi se mêle de façon insidieuse, de temps en temps, un sondage ou un reportage de rue adroitement ciblé pour montrer que ces ilotes qui votent mal possèdent en majorité un niveau d’instruction et une comprenette très inférieurs aux citoyens qui votent bien.

On observera que les facteurs invoqués par la voix de synthèse relèvent sans exception de causes extérieures, non imputables au gouvernement. Cela, en d’autres lieux, s’appellerait un alibi. L’insécurité, on la doit surtout à la montée du terrorisme, explication qui s’abreuve avec délectation au sang du 13 novembre. Le chômage, c’est à cause de la crise, et aussi de la disparité des salaires et des charges entre les pays producteurs ; or, n’est-ce pas, la crise est internationale, bien que ses effets, mystérieusement, semblent pour le principal se concentrer à l’intérieur du périmètre « européen ». Quant à la baisse du pouvoir d’achat, elle résulte à l’évidence du chômage, de la crise et de l’augmentation des impôts qu’exigent les dépenses nécessitées par le chômage, l’insécurité et la crise dans son ensemble. Bref, nous nous trouvons encagés comme des écureuils dans une tournette qui échappe totalement à la volonté comme à la compétence de nos princes. Voilà ce que devrait comprendre le peuple qui vote mal.

Difficulté : avec son bon sens un peu rudimentaire et sa mémoire de veau élevé sous la mère, une fraction en augmentation constante de ce populo, parqué avec dédain dans les étables du « populisme », voit en gros et se rappelle en détail un certain nombre de choix et d’actions du seul ressort de l’exécutif national, tant de la fausse droite que de la fausse gauche ‒ diminution des effectifs policiers, lubies de l’abominable Mme Bitaura, abolition des frontières, réformes réformant les réformes de l’Éducation réformée, etc. ‒ qui toutes devaient inéluctablement conduire la France à la situation de catastrophe qu’elle connaît « aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain ».

Certes il ne suffit pas de dire, comme certains, que c’était inéluctable une fois que c’est arrivé. Mes lecteurs savent que je ne suis jamais tombé dans ce travers. Pour ceux qui en douteraient, qu’ils lisent ou relisent mes écrits anciens (sur la stupide géopolitique française déstabilisant les régimes capables de s’opposer à l’Islamisme radical, sur l’allégeance ‒ politiquement pitoyable, économiquement désastreuse ‒ à la politique américaine hostile par réflexe au retour de la puissance russe, sur les options sociétales bouffonnes et provocatrices du Signor Pantalone, etc.) Et pour ne pas avoir raison tout seul, j’appellerai à la rescousse une fois de plus mon vieux camarade Mourlet et son Pourquoi Chevènement de 2002, où tout est annoncé, répertorié, expliqué de ce qui se passe sous nos yeux en matière de déconstruction européenne.

Ainsi, plutôt qu’une récitation enregistrée qui ressert en toute occasion, pour peu qu’on introduise un peu de logique, de sens commun et de mémoire dans un raisonnement d’ordre politique, on ne risque pas de se retrouver hagard et hoquetant sous la violence de la surprise à l’énoncé de ce triomphe du FN. On peut même parier à coup sûr qu’il sera suivi d’autres, jusqu’à ce que l’exercice du pouvoir transforme à leur tour les nouveaux princes en décervelés sentencieux, leurs obligés en courtisans à plat-ventre et leurs électeurs en minus habens.

8/12/2015

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  • : Réflexions sur la politique au fil de l'actualité, par le personnage principal d'une série romanesque de Michel Mourlet intitulée "Chronique de Patrice Dumby".
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